Le bien-être animal au quotidien

À la Ferme Collette de Saint-Antoine-sur-Richelieu, le bien-être animal fait partie du quotidien de cette famille de producteurs laitiers depuis de nombreuses années. Et les vaches leur rendent bien par une longévité exemplaire.

Ferme Collette

Municipalité : Saint-Antoine-sur-Richelieu.
Propriétaires : Nicole Boulet, Daniel et Julien Collette.
Troupeau : 74 vaches à la traite pour un troupeau de 160 animaux.
Performances de troupeau : 13 082 kg de lait/vache/année, 42,2 kg de lait/vache/jour, 1,76 kg de gras/vache/jour, 52 % de 3e lactation et plus, deux traites par jour.
Terres : 329 hectares en propriété et 30 loués.
Cultures : foin, orge, soya, maïs

Dans l’étable, nous regardons les pancartes au-dessus de chaque vache afin de trouver les plus vieilles vaches du troupeau. « Gervaise, 2013 », dit Daniel Collette en donnant l’année de naissance de chaque vache. « Carolane, 2014 », ajoute sa conjointe, Nicole Boulet. « Martine, 2013 », dit encore Daniel Collette. « Ça veut dire que Martine est plus vieille que Carolane ! », s’exclame Nicole Boulet qui croyait au départ que Carolane était la plus âgée du troupeau.

« Des cinq, six, sept ans, on en a passablement dans le troupeau », ajoute Nicole.

La Ferme Collette se démarque par la longévité des vaches dans le troupeau. L’indice de durabilité de Lactanet pour cette ferme est de 97. Cela veut dire que la ferme de Nicole Boulet, Daniel Collette et de leur fils Julien Collette se classe parmi les 3 % meilleures de Lactanet pour ce critère, selon les explications de l’agronome Steve Adam, expert en production laitière – confort et bien-être chez Lactanet.

La génétique et le confort

Mais qu’y a-t-il de si spécial sur cette ferme de taille moyenne dont les vaches sont en stabulation entravée ? Daniel explique que pour qu’une vache vive longtemps, il lui faut deux choses : la génétique et le confort. Lorsque, dans l’étable, on cherche une belle vache, Daniel se dirige spontanément vers Brigitte. 

« C’est une vache qui est balancée, qui est classée Excellente et c’est une bonne productrice », dit-il. C’est donc une vache qui restera longtemps à la ferme. Trois vaches sont classées Excellentes dans le troupeau : Brigitte, Délima et Ginette. Les autres vaches Très Bonnes ou Bonnes Plus ayant de bons membres, un bon pis et des trayons bien positionnés resteront, elles aussi, longtemps dans le troupeau. Les vaches qui ne répondent pas à ces critères ne seront pas gardées et leurs génisses ne seront pas élevées. Toute la relève du troupeau est élevée à la ferme afin de limiter l’entrée de maladies dans le troupeau.

Mais la génétique, c’est un travail à long terme. À court terme, il est plus facile de travailler sur le confort des vaches. « Si tu as le confort, la longévité, ça va venir. Si tu as les deux, c’est un plus », dit Daniel. Une des clés du confort des vaches, c’est la litière. Il y en a beaucoup à la Ferme Collette, malgré la présence d’un matelas et d’un sous-matelas sous les vaches. 

« Ça prend de la paille », affirme Daniel. Il n’est pas d’accord avec les vendeurs qui promettent que leur matelas va permettre de réduire la quantité de litière utilisée. La ferme produit sa propre paille d’orge. Daniel préfère la paille à la ripe pour les vaches parce que ça réduit les risques de mammite. L’entreprise utilise 4,7 kg de paille par vache par jour, incluant les taries.

L’autre élément clé du confort, ce sont les cinq grands parcs pour les vaches taries et en préparation au vêlage. Cet agrandissement de la ferme a été fait en 2007. Avant, les vaches vêlaient attachées et les vaches taries allaient au pâturage l’été. Même si les vaches avaient l’air bien dans leur pâturage, Daniel raconte que ce n’était pas aussi idyllique qu’il n’y paraît. Pour être à l’abri du soleil, les vaches se tenaient toutes sous un gros arbre et puisque les vaches déféquaient et se couchaient à cet endroit, c’était un puits à bactéries qui apportait de la mammite dans le troupeau. Les mammites à E. coli étaient particulièrement préoccupantes. De plus, par grande chaleur, les vaches voulaient entrer à l’intérieur de l’étable.

Maintenant, les vaches taries et en préparation au vêlage peuvent marcher tous les jours dans un des cinq parcs, ce qui correspond aux exigences du Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers en cours de révision. Elles y sont à l’abri du soleil et elles ont accès à une alimentation équilibrée à volonté. 

L’aménagement de cet agrandissement a été une occasion pour améliorer la ventilation tunnel de l’étable. La recommandation était de placer trois ventilateurs. Nicole et Daniel ont plutôt choisi d’en mettre quatre (deux de 6 pieds et deux de 5 pieds), quitte à en arrêter un s’ils n’en ont pas besoin. Depuis, les normes de vitesses de vent et de changements d’air ont été revues dans les étables et ils sont bien contents d’avoir fait ce choix. En plus de rafraîchir les vaches, cette ventilation contribue à garder une litière sèche. 

Dans le troupeau, 52 % des vaches sont en 3e lactation et plus. Ce sont les plus payantes parce qu’il faut compter deux lactations pour rembourser les frais d’élevage ou d’achat d’une génisse. « Si les vaches étaient toujours attachées, c’est sûr que le nombre de lactations par vache ne serait pas le même. C’est sûr, sûr, sûr », dit Daniel.

Des génisses en groupes

Les génisses sevrées et les taures d’élevages sont aussi en stabulation libre. En 1998, un agrandissement perpendiculaire à l’étable a été construit pour les loger. Les jeunes de moins de deux mois sont gardées en parcs individuels grillagés et les autres sont dans un des cinq groupes selon leur âge. C’est la grandeur selon un ruban placé sur un poteau et l’âge de la génisse qui déterminent le moment de la saillie.

Plusieurs petites attentions

Le souci du bien-être animal à la Ferme Collette va au-delà de ces aspects. C’est aussi une question de mentalité. Chaque point de régie est analysé. Par exemple, quand ils ont dû changer les divisions des stalles, ils se sont questionnés sur l’équipement à installer et la façon de l’installer. La barre d’attache a aussi été relevée et avancée pour permettre à la vache de manger plus aisément. Quand ils ont installé les abreuvoirs, ils les ont défaits pour agrandir le trou. Le but était de doubler le débit d’eau. 

« Elle, la vache, quand elle a soif, il faut qu’elle boive tout de suite », dit Daniel. Si c’est trop long, elle risque de se tanner et de ne pas boire suffisamment, ce qui aura un impact sur sa production laitière. Les planchers des allées dans la section des génisses et des taures ont aussi été rainurés pour qu’ils soient moins glissants.

L’alimentation est aussi une force du troupeau qui explique la forte proportion de gras dans le lait. Le taux de gras est de 4,4 % ou si vous préférez, les vaches produisent 1,76 kg de gras par jour. Selon Daniel, c’est le choix des fibres dans l’alimentation qui fait une grande différence. Ils utilisent un maïs-ensilage BMR qui est plus digestible.

Prêts pour le nouveau code

Le nouveau Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers en cours de révision ne leur fait pas peur. La plus grande adaptation sera probablement du côté des jeunes génisses. Elles sont actuellement en parcs individuels grillagés. Même si les génisses peuvent voir et toucher le museau de leurs voisines, elles sont en parcs individuels. Et puisqu’elles sont en rangées de trois, il n’est pas envisageable de retirer simplement une cloison. Il est envisagé que les génisses d’une rangée restent dans des parcs individuels et que deux grands parcs soient formés avec louve pour les génisses de plus d’une semaine. Ainsi, à la Ferme Collette, il y a toujours des solutions pour améliorer le bien-être animal. Et les producteurs en sont fiers. Sur son téléphone, Daniel Collette sort le dernier rapport de ProAction. « On a tout dans le vert », dit-il en évoquant les différents aspects évalués au sujet du bien-être animal : état de chair, évaluation des jarrets, évaluation des genoux, évaluation de la bosse dans le cou et mobilité.

Voir aussi: La ferme Collette est parmi les meilleures fermes côté durabilité

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Par Marie-Josée Parent, agronome et journaliste.

Elle couvre les productions laitière, bovine, avicole
et porcine au Bulletin des agriculteurs