Avez-vous pensé à ensiler du seigle d’automne ? *

Vous vous promenez dans les rangs du village en plein mois de mai et vous apercevez un voisin en train d’ensiler. En arrêtant sur le bord du chemin et en regardant de plus près, vous constatez que c’est du seigle. Eh oui, du seigle !

Photo: France Bélanger, M. Sc., agronome, MAPAQ Chaudière-Appalaches

Les céréales d’automne (surtout le seigle et le triticale) peuvent effectivement être semées entre deux cultures, par exemple entre le maïs-ensilage et le soya, pour être ensuite récoltées tôt au printemps. De plus en plus de producteurs sont adeptes de cette technique que l’on appelle « double culture ». Quels sont les avantages, et quels sont les principaux éléments de réussite ?

Des avantages multiples

Le seigle d’automne est vraiment une culture intéressante à inclure dans une rotation, puisqu’il offre une multitude d’avantages. Incorporée entre deux cultures, cette céréale d’automne offre un rendement supplémentaire très tôt au printemps. En moyenne, le rendement équivaut à une excellente première coupe dans le sud du Québec, soit entre 4 et 5 tonnes de matière sèche par hectare. De plus, avec son effet allélopathique et son agressivité au printemps, le seigle d’automne est un champion dans la lutte aux mauvaises herbes, si bien qu’il n’est souvent même pas nécessaire d’appliquer un herbicide après l’établissement. Un autre de ses avantages est son effet bénéfique sur la santé des sols. En couvrant vos sols durant l’hiver, le seigle d’automne limite l’érosion et la perte d’éléments nutritifs, en plus d’améliorer plusieurs caractéristiques importantes de vos sols (activité microbienne, infiltration de l’eau, porosité, etc.).

Allélopathie

Dans le cas du Seigle, l’allélopathie est un effet toxique que l’on observe entre autres sur les mauvaises herbes. Cet effet est engendré par la sécrétion de composés chimiques par la plante dans l’environnement.

Les clés pour réussir

Pour tirer pleinement parti de ces avantages, il est essentiel de maîtriser les principaux points de régie de cette culture. La première étape à franchir pour réussir son seigle d’automne, c’est qu’il survive à l’hiver. Heureusement, le seigle d’automne est une céréale très rustique et ça prend des conditions extrêmes pour en venir à bout. C’est même LA céréale d’automne qui survit le mieux aux rigueurs de l’hiver québécois. Pour maximiser sa survie à l’hiver, il suffit de semer au moment idéal (selon la région, entre le 20 août et le 1er octobre) et d’éviter les champs ayant un mauvais égouttement de surface. Un autre point important à considérer est le stade de coupe. La valeur nutritive du seigle d’automne évolue très rapidement dans le temps. Dès le début de l’épiaison, la qualité et l’appétence diminuent drastiquement. Il est donc primordial de récolter au bon stade et de bien surveiller la croissance de son seigle. Pour une récolte sous forme d’ensilage, il faut viser le début du stade de gonflement. Attention, quelques jours suffisent pour passer tout droit… Vous vous en doutez, le printemps n’est pas le moment de l’année le plus asséchant. En plus, le rendement spectaculaire de cette culture ajoute à la difficulté de faire sécher l’ensilage à un pourcentage de matière sèche satisfaisant. Pour un séchage efficace, suivez ces recommandations :
  • Éviter les jours de pluie ou les jours trop nuageux ;
  • Faucher à une hauteur de 4 pouces (10 cm) ;
  • Ne pas conditionner l’ensilage ;
  • Faucher en andains larges (≥ 80 % de la largeur de la faucheuse) ;
  • Faner 2 heures après la fauche.

Maintenant que vous connaissez les bases de la culture du seigle d’automne pour l’ensilage, il ne vous reste qu’à l’essayer !

Seigle d’automne pour l’ensilage, en bref

  • Principaux précédents culturaux : Canola, soya, prairie, avoine, orge, maïs-ensilage
  • Cultures suivantes possibles : Soya, prairie, maïs ou autres graminées annuelles de saison chaude (si un délai de 10 jours est respecté entre la destruction du seigle et le semis)
  • Date de semis : Entre le 20 août et le 1er octobre (selon la région)
  • Stade de récolte pour l’ensilage : Début du stade gonflement (mi-mai)
  • Rendement : 4-5 t MS/ha
  • Qualité : 13-18 % PB, 50-60 % NDF

* Les informations contenus dans cet article s’adressent principalement à des producteurs du Québec et de l’Atlantique étant donné leur climat similaire. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à contacter l’auteur.

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Par Jean-Philippe Laroche, agr., M. Sc.
La valorisation des fourrages par les ruminants est un sujet particulièrement passionnant pour Jean-Philippe, qui a grandi sur une ferme laitière. Diplômé en agronomie de l’Université Laval en 2018 et membre de l’Ordre des agronomes, il a également complété une maîtrise en sciences animales, durant laquelle il a reçu plusieurs distinctions.

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