Modifications au sous-indice de production de l’IPV en 2026 en raison des changements du prix du lait

La demande croissante pour des aliments riches en protéine redéfinit les exigences des transformateurs et influence la valeur accordée au lait produit à la ferme. Avec les changements de prix à venir, les producteurs laitiers devront adapter à la fois leurs stratégies génétiques et leurs pratiques à la ferme pour tirer pleinement parti de cette opportunité. Dans cet article, nous abordons les composants du lait sous l’angle de la génétique dans les races Holstein, Jersey et Ayrshire. Nous examinons les tendances génétiques et nous décrivons les changements qui seront apportés en avril 2026 à l’importance relative du rendement en gras et du rendement en protéine dans le sous-indice de production de l’Indice de performance à vie (IPV).

Tendances génétiques du rendement en gras et du rendement en protéine

Pour évaluer le progrès génétique du rendement en gras et du rendement en protéine au cours des 30 dernières années, Lactanet a analysé les données de décembre 2025 des femelles Holstein, Jersey et Ayrshire canadiennes enregistrées. Les Figures 1 à 3 présentent les valeurs génétiques moyennes, les moyennes des parents (MP) et les valeurs d’élevages estimées (VÉE), par année de naissance, pour le rendement en gras et le rendement en protéine en 305 jours dans chaque race. Ces valeurs sont exprimées en écarts par rapport à l’évaluation génétique moyenne de toutes les vaches nées durant la période de référence (2017, 2018, 2019). Veuillez noter que des échelles différentes sont utilisées pour les deux caractères dans chaque graphique, l’échelle du rendement en gras figurant sur l’axe de gauche, tandis que l’échelle du rendement en protéine apparaît sur l’axe de droite. Les deux échelles ont été normalisées de façon à ce que chaque ligne représente un écart-type. Par exemple, un écart-type pour le rendement en gras dans la race Holstein est de 31 kg alors qu’un écart-type pour le rendement en protéine est de 22 kg.

Figure 1 : Tendance génétique pour le rendement en gras et le rendement en protéine dans la race Holstein

En 2025, le mérite génétique du rendement en gras dans la race Holstein a atteint environ 56 kg, alors que le rendement en protéine a atteint 34 kg par rapport au groupe de référence. Les deux caractères se sont considérablement améliorés au cours des 30 dernières années, ce qui témoigne de l’importance continue accordée au rendement des composants, particulièrement du gras, dans les décisions de sélection et d’élevage. Au cours des cinq dernières années, le taux de progrès génétique du rendement en gras a été 20% plus élevé que ce qui a été observé pour le rendement en protéine, ce qui fait ressortir une réponse de plus en plus inégale entre les deux caractères.

Figure 2 : Tendance génétique du rendement en gras et du rendement en protéine dans la race Jersey

Dans la race Jersey, le mérite génétique du rendement en gras a atteint 27 kg et celui du rendement en protéine a atteint 16 kg en 2025, par rapport au groupe de référence. Dans la lignée des récentes tendances observées dans cette population, les gains du rendement en gras ont dépassé ceux du rendement en protéine ces dernières années. Au cours des cinq dernières années, le progrès génétique du rendement en gras a été environ 40 % plus élevé que celui atteint par le rendement en protéine.

Figure 3 : Tendance génétique du rendement en gras et du rendement en protéine dans la race Ayrshire

Dans la population Ayrshire, le mérite génétique du rendement en gras a atteint 22 kg et celui du rendement en protéine a atteint 17 kg en 2025, par rapport au groupe de référence. Les deux composants ont démontré une amélioration constante au fil du temps, ce qui témoigne d’une sélection équilibrée pour la composition du lait. Au cours des cinq dernières années, le progrès génétique du rendement en gras et du rendement en protéine a été réalisé à un taux similaire, ce qui indique une réponse plus alignée à la sélection entre les deux caractères et une relation relativement stable dans leurs tendances génétiques.

Utiliser la génétique pour améliorer le rendement en protéine

Les tendances phénotypiques suivent de près ces profils génétiques, alors que le rendement en gras augmente plus rapidement que le rendement en protéine. Même si ces tendances peuvent varier d’un troupeau à l’autre, les rendements en gras et en protéine présentent une héritabilité modérée de 26 % dans la race Holstein, ce qui signifie qu’ils sont influencés par la sélection génétique. De plus, une corrélation génétique de 64 % existe entre les rendements en gras et en protéine, indiquant que nous pouvons améliorer simultanément ces deux caractères. Cette relation devrait être tenue en compte lors des décisions d’accouplement, puisqu’une sélection visant à augmenter le rendement en protéine entraînera aussi une augmentation du rendement en gras.

Il est toutefois important de se rappeler que le changement génétique est un investissement à long terme. Les décisions d’élevage prises aujourd’hui ne se refléteront pas dans le réservoir à lait du troupeau avant environ cinq ans ou plus, une fois que les filles seront nées, élevées et intégrées au troupeau laitier. Pour cette raison, l’industrie doit adopter une vision à long terme dans les programmes d’élevage, pour veiller à ce que les décisions de sélection soient alignées aux objectifs à long terme en matière de production et de rentabilité. Dans un message prononcé lors de la séance ouverte à l’industrie du 25 février 2026, la Commission canadienne du lait a conseillé à l’industrie de cesser l’amélioration supplémentaire de la teneur en matière grasse par rapport à celle en protéine. Cet ajustement doit être abordé avec prudence afin d’éviter toute correction excessive, l’objectif étant d’atteindre un rapport plus équilibré entre la matière grasse et la protéine. Par conséquent, à mesure que la valeur de la protéine augmente, il est important que les indices de sélection reflètent les réalités économiques et les priorités de l’industrie.

Qu’est-ce qui change

Pour atteindre les objectifs de l’industrie, la pondération du rendement en gras et du rendement en protéine dans le sous-indice de production (IP) de l’IPV dans les races Holstein, Jersey et Ayrshire sera modifiée lors de la publication des épreuves d’avril 2026. Le sous-indice actuel accorde une pondération de 60% au rendement en gras et de 40% au rendement en protéine (60G:40P) dans les races Holstein et Ayrshire, et de 50% au rendement en gras et 50% au rendement en protéine (50G:50P) dans la race Jersey. Après une consultation approfondie avec les associations de race, le Conseil d’évaluation génétique (GEB) et le conseil d’administration de Lactanet, les pondérations seront modifiées à 40G:60P dans la race Holstein, 50G:50P dans la race Ayrshire et 33G:67P dans la race Jersey. Ces modifications entraîneront un reclassement mineur des meilleurs taureaux, favorisant ceux dont le rendement en protéine est plus élevé. Dans chaque race, les pondérations du rendement en gras et du rendement en protéine reviennent à celles de l’ancien composant de production de l’IPV. Par exemple, en 2015, une importance de 40% au rendement en gras et de 60% au rendement en protéine était accordée dans le composant de production de l’IPV chez les Holstein.

Autres changements à l’IPV

En plus des modifications au sous-indice de Production de l’IPV, les changements suivants seront mis en œuvre dans le sous-indice de Santé et bien-être :

  • Dans la race Holstein, la santé des veaux sera introduite avec une pondération de 30% entraînant des modifications à la résistance à la mammite (40%), aux maladies métaboliques (14%), à la santé des onglons (11%) et aux kystes ovariens (5%).
  • Dans les races Suisse brune, Guernsey, Shorthorn laitière et Canadienne, les maladies métaboliques seront introduites dans le sous-indice de santé et bien-être.

 

 

Suisse brune

Guernsey

Shorthorn laitière

Canadienne

Maladies métaboliques

10%

50%

25%

50%

Cote de cellules somatiques

90%

50%

75%

50%

Sommaire

En résumé, les tendances génétiques à long terme du rendement en gras et du rendement en protéine dans les races laitières canadiennes démontrent le succès des décisions de sélection antérieures et le besoin de réévaluer périodiquement la pondération des indices à mesure que les priorités de l’industrie évoluent. Même si le gras et la protéine ont affiché des gains au cours des 30 dernières années, les récentes tendances font ressortir les différences dans le taux de progrès génétique entre ces composants.

Les ajustements d’avril 2026 au sous-indice de production de l’IPV visent à mieux refléter les changements prévus dans le prix du lait et la demande des transformateurs, surtout l’importance croissante accordée à la protéine. Ces ajustements devraient entraîner un reclassement mineur des meilleurs animaux tout en offrant aux producteurs un indice de sélection qui reste pertinent.

Partager

Par Hannah Sweett, Ph. D.
Hannah a découvert sa passion pour l'agriculture pendant ses études de premier cycle à l'Université de Guelph et grâce à son expérience professionnelle dans l'industrie laitière. Elle est titulaire d'un B.Sc. en biologie moléculaire et génétique ainsi qu’un doctorat en génétique animale axé sur l'amélioration génétique de la fertilité des bovins laitiers.