Quinze jours à prendre ou à laisser

Pour les producteurs visés du P5, les journées de tolérances négatives doivent être perçues comme une opportunité de récupérer les kilos de gras qui sont contenu dans ces jours-là. C’est un peu comme les journées additionnelles à l’automne que nous avons à presque chaque année, sauf que cette occasion est disponible une seule fois pour la période qui va jusqu’au 31 juillet 2022*.

Le début du mois d’août coïncide souvent avec l’application de nouvelles normes ou d’un nouveau règlement sur la production laitière. Le 1er août 2022 ne fera pas exception. C’est à cette date qu’entre autre les Producteurs de lait du Québec ramènent le maximum de tolérance négative de 30 jours à 15 jours. En premier lieu pas de panique, cela n’affecte aucunement le prix du lait. Si un producteur obtient un revenu 60,000 $ pour le mois de juillet 2022, il obtiendra le même revenu en août 2022, s’il produit la même quantité de lait avec les mêmes composants du lait et que le prix du lait ne varie pas entre les deux mois.

Le prochain graphique nous montre qu’au Québec, les jours de tolérance ont légèrement augmentés au cours de l’été de 2020. L’utilisation des jours de tolérance a pratiquement diminué de 50 % entre novembre 2020 et mai 2021. Au cours de cette dernière période, le nombre de producteurs en zone non reportable a aussi diminué de la même proportion, soit de 997 à 570. Il y a donc eu une récupération au cours des derniers mois, mais il y a sans doute encore beaucoup de producteur en zone non reportable et aussi dans la zone de – 30 à -15 jours de tolérance négative.

FIGURE 1.  ÉVOLUTION DE LA TOLÉRANCE AU COURS DES DERNIERS MOIS (QUÉBEC)

FIGURE 2. ÉVOLUTION DE LA TOLÉRANCE AU COURS DES DERNIERS MOIS (ONTARIO)

Prendre le temps d’y réfléchir

L’étape essentielle avant de décider si oui ou non c’est réalisable pour l’entreprise, c’est de prendre le temps d’y réfléchir tout de suite parce que certaines actions à court terme auront des résultats seulement l’année prochaine. Le premier outil de réflexion est la planification laitière. Cela va vous permettre d’avoir une idée de la production des prochains 12 mois et d’avoir un constat sur la situation au printemps et en été 2022. Même si ce n’est pas précis à 100 % quand on regarde la période de 6 mois à 12 mois, c’est quand même très utile pour prendre une décision aujourd’hui.

L’autre point à vérifier sont les limites de la ferme :

  • Est-ce que les stalles disponibles sont toutes utilisées par les vaches en lactation actuellement ? Combien serait disponibles pour des vaches additionnelles ?
  • Est-ce que l’inventaire des fourrages est limité et qu’on ne peut pas nourrir des animaux additionnels ?
  • Est-ce que j’ai suffisamment de génisses pour mon taux de remplacement actuel ou je suis en surplus ?
  • Est-ce que le nombre d’heures travaillés est déjà au maximum ?

Combien ça rapporte?

Il existe des méthodes plus précises mais utilisons les moyennes provinciales du dernier rapport de l’évolution laitière 2020 pour avoir un aperçu.

Prenons l’exemple d’une ferme qui a un quota de 100 kg jour et un test de gras 4.20 kg / hl.

Le prix moyen du lait pour la race Holstein a été 18.20 $/kg de gras et la marge moyenne sur l’alimentation était de 12.31 $ / kg de gras. La récupération des 15 journées de tolérance négatives représente 1500 kg de gras. L’impact économique est :

Valeur du lait : 1500 kg de gras x 18.20 $ / kg de gras = 27,300 $

Marge sur l’alimentation : 1500 kg de gras x 12.31 $ / kg de gras = 18,465 $.

À court terme qu’est-ce que je peux faire ?

Les actions que l’on peut faire pour les 2-3 prochains mois se divisent en deux groupes. Le premier groupe réuni les actions qu’il faut faire tout de suite et qui auront un impact l’an prochain. L’autre groupe comprend les actions pour garder le contrôle des acquis actuels durant la saison chaude.

A) Actions immédiates qui auront un impact l’an prochain

  • Mettre en priorité la qualité des fourrages
    Pas seulement au niveau de l’analyse mais de la longueur de coupe et de la conservation. C’est essentiel pour défier un peu plus les vaches à produire sans que ça soit trop couteux.

  • Maintenir un suivi serré de la reproduction
    Pour les vaches en production, même si l’été n’est pas nécessairement la période idéale, il faut éviter à tout prix que les vaches passent tout droit. La vache avec une saillie fécondante le 20 juillet va revêler en fin avril et ça laisse 3 mois pour contribuer au rattrapage. Consulter votre vétérinaire pour vous aider. Même réflexion pour les génisses. Votre outil principal est le ruban zoométrique pour mesurer les génisses. Faire saillir celles en haut de 400 kg. On est toujours surpris du nombre de génisses qui ont atteint le poids cible de la saillie.

  • Considérer l’achat de vaches
    Si la conclusion de la planification laitière est claire et indique un nombre insuffisant de vaches dans le troupeau pour combler l’écart, l’achat de vaches peut être une solution. N’oubliez pas le protocole de biosécurité pour l’achat des animaux.

B) Actions pour les prochains mois

  • Conserver les acquis et éviter un recul des jours de tolérance
    En marge de l’article, on a un résumé les principaux points à surveiller.

  • Considérer le stress de chaleur de tout votre troupeau 
    Le stress de chaleur est probablement un des éléments le plus importants. Encore méconnu pour les vaches taries, l’impact du stress thermique se fait sentir pour toute la lactation suivante, soit une perte de 1375 kg, c’est vrai pour les vaches comme les taures qui sont en préparation de leur premier vêlage. Pour les vaches en lactation, durant les journées chaudes, il faut s’attendre à une baisse de production de 20 à 35 % ainsi qu’une baisse du test de gras de 0.03 à 0.07 kg/hl.

  • Nettoyage plus fréquent des stalles
    La chaleur est aussi souvent associée avec des animaux qui urinent plus souvent et des litières et vaches qui deviennent souillées rapidement. Cela augmente la possibilité d’une hausse des cellules somatiques et des cas de mammites subcliniques et cliniques. Une hausse de 100 sur la moyenne de troupeau des CCS veut dire en moyenne une perte de production de 1040 kg par mois pour un troupeau de 80 vaches. Un cas de mammite est associé en général à 115 kg de lait non-produit et non vendu.

  • S’assurer d’avoir une bonne régie des bains de pieds et de détection des boiteries à l’année
    L’été est aussi une période intense pour les travaux aux champs. La régie du bain de pieds et la détection de boiterie ne doit pas en souffrir si on veut éviter une augmentation des problèmes de pieds en fin d’été.

  • Surveiller l’Indice de transition
    (disponible au Québec et dans les provinces de l’Atlantique)
    En tout temps de l’année, la transition est une période critique et ça l’est aussi en été. Soyez alerte aux diminutions dans l’Indice de transition et apportez des correctifs rapidement. Le rapport cétolab vous donne une information additionnelle sur le métabolisme de l’énergie en début lactation.

Indice de transition : + 100 point TCI = 93 kg de lait
Viser un minimum de + 500

Il n’est jamais trop tôt pour commencer à y penser…

Mettez en place votre plan d’action tout de suite. Même si ce sera difficile de réduire les jours de tolérances durant la période des journées additionnelles, cela va vous permettre quand même de gonfler votre revenu laitier. 

Demandez l’aide d’un conseiller Lactanet**. D’autres suggestions vous parviendront au cours des prochains mois.

*Les notions décrites dans cet article s’appliquent seulement au Québec, en Ontario et dans les provinces maritimes. Notez que les dates d’application de la nouvelle règle ainsi que les politiques laitières peuvent diverger d’une province à l’autre. Veuillez-vous référer à votre association provinciale pour avoir plus de détails.

** Les services conseils ne sont pas encore disponible partout au Canada. Pour plus de détails, contactez le service à la clientèle de Lactanet.

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Par Gervais Bisson, agr.
Diplômé en agronomie de l’Université Laval, Gervais cumule un bagage de plus de 22 ans d’expertise en alimentation des bovins laitiers avant de se joindre à notre équipe. En tant qu’expert en production laitière - robots de traite, il contribue activement comme expert conseil et auteur à l’avancement de l’industrie de la production laitière.

Si les vaches taries ne sont pas refroidies = ?

-4 à -5 kg/j à la prochaine lactation (1375 kg)

BHB : Pertes de productions associés à l’acétonémie = ?

-300 à -400 kg par lactation

Perte de production causée par la boiterie = ?

-360 kg de lait par cas

Si la moyenne CCS augmente de 100 = ?

-1040 kg de lait par mois pour un troupeau de 80 vaches

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