Votre meilleur investissement de l’année, c’est de récolter un fourrage de qualité

Avec le prix exorbitant des concentrés, posez-vous la question : est-ce que j’ai les moyens de récolter un fourrage de mauvaise qualité cette année? La saison qui commence est une opportunité qu’il ne faut surtout pas manquer. Ceux qui vont rater l’occasion verront l’effet sur leur portefeuille…
Crédit photo : Les Producteurs de lait du Québec

Votre conseiller en alimentation va certainement vous le rappeler, votre meilleure arme pour atténuer le coût élevé des concentrés, c’est de récolter vos fourrages au bon stade de maturité. En effet, un fourrage de qualité apporte plus d’énergie et de protéines, ce qui diminue le besoin en concentrés. Mais surtout, un fourrage plus digestible va être consommé en plus grande quantité, ce qui a un effet encore plus important sur vos marges.

L’ADF et la NDF sont d’excellents indicateurs de la maturité des fourrages. L’objectif à viser en termes d’ADF pour les légumineuses et les graminées est le même : c’est à 30 % d’ADF que la qualité est optimale pour les vaches en lactation

Voilà votre objectif pour la saison !

Maximiser la consommation de fourrages, c’est la clé

Une fois qu’on a récolté un fourrage de qualité, on peut le valoriser au maximum dans une ration hautement fourragère. Qu’est-ce qu’une ration hautement fourragère? La réponse varie en fonction de la race. Pour la race Holstein par exemple, on vise 16 kg ou plus de matière sèche en fourrages par jour.

Savez-vous quelle est la consommation en fourrages dans votre troupeau? C’est relativement facile à vérifier. Pour les ensilages hachés, il faut avoir les quantités servies par vache et la matière sèche actuelle pour chacun des ensilages. Vous comprendrez qu’il faut avoir un testeur d’humidité. Pour les grosses balles, il faut connaitre le format de la balle et le nombre de couteaux sur la presse. Avec ces informations, les conseillers Lactanet ont en main un chiffrier qui permet de calculer le poids d’une balle en kilogrammes de matière sèche. C’est très pratique.

La clé pour donner ce type de ration sans diminuer la production laitière est d’avoir des fourrages de qualité, bien conservés, et une bonne régie de la mangeoire. Ça donne quoi? Une meilleure santé des animaux, plus de composantes, moins de concentrés, le tout sans nécessairement pénaliser la productivité. Bien entendu, il faut prévoir récolter un volume suffisant de fourrages pour mettre cette stratégie en place.

Quelques cas concrets

Un nombre grandissant de producteurs laitiers connaissent la consommation de matière sèche en fourrages des vaches en lactation de leur troupeau. Regardons ensemble quelques cas réels. La quantité de fourrages donnés aux animaux a été validée par un conseiller Lactanet, et les refus ont été soustraits (Tableau 1).

La ferme A a participé à un atelier portant sur le gras du lait en janvier de cette année. Un conseiller Lactanet l’a guidé d’abord pour évaluer sa marge, mais aussi pour calculer la consommation en fourrages. Le résultat obtenu de 13,3 kg était en deçà des attentes du conseiller. Pas surprenant que le coût des concentrés dépassait la moyenne par 6,74 $/hl, un impact se chiffrant à plus de 400$ par jour pour son troupeau de 200 vaches. Le conseiller a poursuivi le travail avec eux. Trois mois plus tard, les résultats sont encourageants. La consommation de matière sèche en fourrages frôle 17 kg et le coût des concentrés dépasse maintenant la moyenne de seulement 1,84 $/hl. L’amélioration se chiffre à près de 300$ par jour.

La ferme B avait une consommation de matière sèche en fourrages de 12,9 kg et était déçue du test de gras du troupeau. En faisant confiance à leurs fourrages et en diminuant graduellement l’inclusion de concentrés, ils ont été en mesure de livrer la même quantité de gras tout en diminuant de façon très importante les achats de concentrés. Ils ont même pu retirer le supplément de gras protégé inclus dans la ration au départ. Quelle belle amélioration!

Tableau 1. Coûts de production moyens du foin et de l’ensilage d’herbe de 2016 à 2018 (Agritel)

Ferme 

Ensilage de maïs 

Fourrages      (kg MS/j) 

Lait (kg/j) 

Gras (kg/hl) 

Gras (kg/j) 

Ratio lait/concentrés 

A 

Non 

13,3 

38,0 

4,08 

1,51 

2,66 

A améliorée 

16,9 

36,4 

4,06 

1,43 

3,02 

B 

Oui 

12,9 

38,0 

3,76 

1,39 

2,50 

B améliorée 

19,6 

35,3 

4,11 

1,41 

4,07 

Prenons maintenant un autre troupeau, la ferme C

Celle-ci livre 100 kg de matière grasse par jour. L’entreprise possède 77 vaches Holstein en lactation et sert des fourrages à 33 % d’ADF. Que se passerait-il si les fourrages récoltés cette année étaient à 30 % d’ADF? On peut calculer l’impact d’un tel changement grâce à notre outil de simulation de la marge d’une entreprise laitière.  

Regardons le résultat au Tableau 2. On constate que ce simple changement permettrait à l’entreprise d’atteindre l’objectif de consommation de fourrages (≥ 16 kg MS/j). Le résultat serait plus de lait pour chaque kilogramme de concentrés, et donc une réduction importante du coût des concentrés. Même si cela augmente le coût des fourrages, la marge serait tout de même améliorée.

Résultat : 24 780 $ de plus dans les poches du producteur à chaque année!  

Tableau 2. Les résultats de la ferme C montrent bien l’impact de la qualité des fourrages sur le bénéfice net

 Situation initiale 
(ADF 33 %) 
Situation optimale
(ADF 30%) 
Consommation de fourrage (kg MS/j) 15,3 16,8 
Ratio lait/concentré (kg/kg) 3,51 4,57 
Coût des concentrés ($/hl) 17,01 13,07 
Coût des fourrages ($/hl) 11,74 12,88 
Marge alimentaire ($/hl) 59,15 63,09 
Effet sur le bénéfice net ($/an)  +24 780 

Les outils pour vous aider ne manquent pas

Si on résume simplement les paragraphes précédents, la qualité des fourrages est un incontournable pour réduire le coût des concentrés dans la ration et améliorer votre profitabilité… La saison qui débute est donc une occasion à ne pas manquer!

Il n’y a presque plus d’excuse pour récolter un fourrage trop mature. Il existe une panoplie d’outils pour vous aider. Surveiller l’évolution des degrés-jours afin de savoir à partir de quand il faut marcher les champs. Pour déterminer le moment de la fauche, vous pouvez vous fier sur le stade de maturité, ou utiliser NUTRI-Fourrager, un outil d’aide à la décision plus précis. N’oubliez pas que vos conseillers sont là pour vous aider.

Bonne saison !

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Par Jean-Philippe Laroche, agr., M. Sc.
La valorisation des fourrages par les ruminants est un sujet particulièrement passionnant pour Jean-Philippe, qui a grandi sur une ferme laitière. Diplômé en agronomie de l’Université Laval en 2018 et membre de l’Ordre des agronomes, il a également complété une maîtrise en sciences animales, durant laquelle il a reçu plusieurs distinctions.
Par Jean Brisson agr.